Œstrogènes et puberté femelle

En délétant spécifiquement dans le système nerveux le gène codant le récepteur ß des oestrogènes (ERß), l’équipe de Sakina Mhaouty-Kodja1 montre pour la première fois que ce récepteur est impliqué dans le déclenchement de la puberté. Ces résultats ont été publiés en octobre dans Human Molecular Genetics2.

La puberté est déclenchée par l’activation de la sécrétion pulsatile de GnRH, neuropeptide hypothalamique responsable de la libération des gonadotrophines hypophysaires nécessaires à la maturation sexuelle. Ce processus est finement régulé dans le temps par des facteurs génétiques, nutritionnels et environnementaux (50-80% de la variance dans l’âge de l’apparition des menstruations est attribuée à des effets génétiques). Dans ce contexte, l’oestradiol ovarien joue un rôle clé dans le contrôle de la maturation pubertaire. Néanmoins, ses mécanismes moléculaires restent encore imprécis. Des analyses de variants polymorphiques humains codant les récepteurs des oestrogènes alpha (ERalpha) ou ß (ERß) suggèrent l’implication de l’un ou l’autre ou encore une interaction entre les deux récepteurs dans la régulation de l’âge de la puberté.

Le travail effectué par les chercheurs a consisté à invalider le gène codant pour ERß dans le système nerveux chez la souris afin d’en tester les conséquences sur l’âge de la puberté et la reproduction de la femelle adulte, sans interférence avec les fonctions périphériques de ce récepteur.

La délétion neurale de ERß retarde l’âge de l’ouverture vaginale et de l’apparition du premier oestrus chez les femelles mutantes. Et cela sans modification du poids corporel ou de la masse grasse. L’analyse moléculaire des facteurs impliqués dans l’initiation de la puberté montre une réduction significative de la quantité de neuropeptide kisspeptine libéré par les neurones projetant sur les neurones GnRH. Cette diminution concerne la population de neurones à kisspeptine située dans la région pré-optique. Les femelles mutantes adultes ont une reproduction normale, mais présentent un état d’anxiété élevé par rapport aux femelles contrôles.

Ces résultats montrent pour la première fois l’implication d’ERß dans l’initiation de la puberté. Les auteurs suggèrent que ce récepteur agirait comme le premier signal positif dans la cascade d’événements provoqués par l’oestradiol. La dissection de ces événements physiologiques et de leurs mécanismes est essentielle pour comprendre et prédire les effets de l’exposition aux perturbateurs endocriniens à activité oestrogénique ou anti-oestrogéniques, comme le bisphénol A.

1.Neuroplasticité des Comportements de Reproduction (UMR 8246) En collaboration avec le groupe d’Isabelle Franceschini à l’INRA de Nouzilly (Physiologie de la Reproduction et des Comportements).

2.Réf. Naulé L, Robert V, Parmentier C, Martini M, Keller M, Cohen-Solal M, Hardin-Pouzet H, Grange-Messent V, Franceschini I, Mhaouty-Kodja S. Hum Mol Genet. 2015 Oct 12